Camille Oberson, Journaliste.
Il est vingt heures, la salle de bain sent encore le démaquillant et le tube de mascara refuse de rendre une goutte de plus. Sur la tablette s’alignent trois autres tubes à moitié secs, achetés après avoir vu un résultat prometteur sur une photo. La question revient, tapée un soir sur le natel entre deux onglets: comment choisir un mascara volumateur qui tienne vraiment ses promesses, sans deviner à l’aveugle au rayon de la Migros ou de Manor.
Un fait utile avant d’aller plus loin: le volume visible dépend presque autant de la forme de la brosse que de la formule elle-même. Une brosse mal choisie peut annuler l’effet d’une excellente texture, et inversement. Ce guide explique comment repérer les vrais critères de choix, comment ignorer les arguments marketing sans intérêt, et comment juger un résultat en connaissance de cause, sans jamais recommander une marque en particulier.
- La forme de la brosse pèse souvent plus lourd que la texture dans le résultat visuel final observé en cabine d’essai.
- Le volume constaté en magasin peut s’effondrer en quatre à six heures si la base des cils n’est pas propre et parfaitement sèche avant application.
- Les fibres et les mentions « extension » sur l’emballage n’accompagnent un bon geste d’application, elles ne le remplacent jamais.
Ce que « volumateur » veut dire, concrètement

Le mot volumateur ne décrit pas une catégorie chimique définie. Il décrit un effet visuel: donner l’impression que chaque cil est plus épais qu’il ne l’est réellement. Techniquement, la formule dépose une fine couche de cires et de polymères autour de la tige du cil, un peu comme une laine fine qui gonfle une fois tricotée serré.
Une étude publiée en 2021 dans l’International Journal of Cosmetic Science a mesuré le diamètre apparent du cil avant et après application de plusieurs formules commerciales. Le gain moyen constaté allait de 15 à 40 pourcent selon la texture, avec une variabilité importante liée à la technique d’application plutôt qu’à la formule elle-même. Autrement dit, le geste compte souvent autant que le produit.
Les fibres synthétiques, fréquemment citées sur les emballages, s’accrochent à cette couche de cire pour allonger visuellement le cil. Elles n’ajoutent rien de miraculeux: elles posent une couche supplémentaire, avec le risque de rendre le résultat cassant si la base n’est pas homogène.
Lire une brosse avant de lire l’emballage

Quatre formes reviennent le plus souvent sur le marché. La brosse conique dépose davantage de produit à la racine et affine vers la pointe, utile pour des cils fins et raides. La brosse en sablier resserre son diamètre au centre pour séparer les cils du coin interne, souvent difficiles à atteindre. La brosse ronde et dense enrobe uniformément mais charge vite, avec un risque de paquets si elle est trop garnie. La brosse en silicone, plus rare, dépose moins de matière mais peigne mieux, ce qui convient aux cils déjà fournis.
En magasin, un geste simple aide à juger: passer la brosse sur le dos de la main avant d’y penser à l’oeil. Une brosse trop rigide raye la peau, une brosse trop souple s’affaisse sans structure. Les conseillères des pharmacies Amavita ou Sun Store, comme celles d’Import Parfumerie, proposent souvent un test sur un oeil avant l’achat, ce qui reste le moyen le plus fiable de juger avant de payer.
Les gestes qui aplatissent le résultat
Le zigzag rapide, souvent conseillé pour gonfler le cil, fonctionne surtout si le mouvement part bien de la racine. Fait trop vite ou trop haut sur la longueur, il ne fait qu’étaler le produit sans construire de volume.
Appliquer plusieurs couches sans laisser sécher la première entre chacune donne un effet pâteux plutôt que dense. Le produit reste humide, colle les cils entre eux et forme des paquets visibles dès la première heure.
Ne pas recourber les cils avant application change aussi beaucoup la perception du volume, un cil droit paraissant systématiquement plus court et plus fin qu’un cil recourbé, même à densité égale.
Enfin, utiliser un mascara au-delà de sa durée de vie raccourcit la texture: le produit sèche dans le tube, devient filandreux et forme des grumeaux. La FRC rappelle régulièrement, dans ses pages consacrées aux cosmétiques, de vérifier le petit symbole en forme de pot ouvert sur l’emballage, qui indique la durée d’utilisation recommandée après ouverture, généralement de six mois pour ce type de produit.
Ce qui relève de la science, ce qui relève du marketing
Certaines mentions sur les emballages reposent sur des mesures réelles, d’autres relèvent du vocabulaire commercial. Un chiffre de tenue annoncé en heures, par exemple, provient généralement d’un test en laboratoire dans des conditions contrôlées, rarement reproductibles telles quelles dans une journée ordinaire avec chaleur, humidité ou frottements.
Les mentions « 3D » ou « extension » décrivent un effet visuel obtenu par des fibres ou un jeu de brosse, pas une technologie brevetée particulière. Le terme « waterproof » repose en revanche sur une réalité chimique vérifiable: une base de silicones remplace les cires solubles à l’eau, ce qui explique aussi pourquoi ces formules démaquillent plus difficilement et assèchent davantage les cils à l’usage.
Ce qui compte réellement, au-delà du vocabulaire: l’intensité du pigment noir, la régularité du dépôt sur toute la longueur du cil, et la propreté de la formule à l’application, sans grumeaux dès la sortie du tube. Le reste relève souvent de l’habillage.
Tester un mascara en dix minutes, avant de l’acheter
Un test rapide en magasin permet d’écarter la moitié des mauvaises surprises. Demander un testeur individuel, appliquer une seule couche sur un oeil, puis attendre deux minutes sans toucher. Observer ensuite sous une lumière naturelle, idéalement près d’une fenêtre plutôt que sous les néons du rayon, qui aplatissent les couleurs et cachent les paquets.
Regarder ensuite trois points précis: les cils du coin interne restent-ils séparés, la racine est-elle chargée sans excès, et la pointe garde-t-elle une certaine souplesse ou devient-elle cassante au toucher. Un mascara qui raidit excessivement dès le séchage donnera un résultat cassant en fin de journée.
Si l’enseigne le permet, demander un échantillon à emporter reste la meilleure façon de juger la tenue réelle sur une journée complète, avec la bise, la chaleur d’un bureau ou une paire de lunettes de soleil portée l’après-midi. Le jugement porté en magasin sous lumière artificielle ne remplace jamais un test sur une vraie journée.
Tenir la journée: bise, altitude, baignade
Le climat local influence directement la tenue d’un mascara. La bise, fréquente sur le bassin lémanique, assèche la peau du visage et fragilise aussi les cils, ce qui peut accentuer la chute de particules de mascara en fin de journée sur une peau déjà tiraillée. Hydrater le contour de l’oeil avant application aide la formule à mieux accrocher plutôt qu’à s’écailler sur une peau sèche.
En février, un week-end de ski expose les cils à un rayonnement solaire renforcé par la réflexion sur la neige, ce qui peut accélérer le dessèchement de certaines formules riches en cires. L’été, la baignade dans le Léman ou le lac de Neuchâtel pose une autre question: une formule waterproof résiste mieux à l’eau, mais démaquille plus difficilement, avec un risque de frottement répété autour de l’oeil, une zone particulièrement fine.
Juger un résultat seulement dans l’heure suivant l’application donne une image incomplète. Le vrai test se fait après huit à dix heures, moment où la plupart des formules révèlent leurs limites réelles, qu’il s’agisse de légers dépôts sous l’oeil ou d’un simple relâchement du volume.
Lire une liste d’ingrédients sans se laisser impressionner
Une liste d’ingrédients longue n’indique ni une meilleure qualité ni une pire. Quelques repères suffisent pour la lire utilement. Le noir profond provient généralement du carbon black, référencé CI 77266 sur l’étiquette, l’ingrédient qui donne l’intensité de couleur plutôt qu’un simple colorant décoratif.
Les cires, cire de carnauba ou cire d’abeille notamment, déterminent la texture et la capacité du produit à gainer le cil sans couler. Les polymères filmogènes assurent la tenue dans la durée. Des ingrédients comme le panthénol ou la glycérine, souvent mis en avant comme soin, restent présents en quantités modestes dans une formule qui sera de toute façon retirée chaque soir au démaquillage, leur effet réel sur la fibre du cil restant donc limité.
pharmaSuisse rappelle, dans ses conseils généraux sur les produits appliqués près de l’oeil, que les parfums ajoutés représentent la cause la plus fréquente d’irritation oculaire légère, un point à surveiller en priorité pour les yeux sensibles plutôt que la longueur de la liste d’ingrédients elle-même.
Savoir quand jeter le tube
Trois mois d’utilisation représentent le repère généralement cité pour un mascara, une durée plus courte que celle admise pour la plupart des autres cosmétiques, en raison du contact direct et répété avec la muqueuse de l’oeil. Passé ce délai, le risque de contamination bactérienne augmente, même si le produit paraît visuellement intact.
Quelques signes ne trompent pas: une odeur qui change, une texture qui devient filandreuse en sortant du tube, ou une sensation de picotement inhabituelle à l’application. Pomper la brosse dans le tube pour la recharger, un geste réflexe très répandu, fait entrer de l’air à chaque mouvement et assèche la formule plus vite qu’un simple mouvement de rotation à l’intérieur du tube.
Bon à Savoir a publié à plusieurs reprises des comparatifs de produits cosmétiques du quotidien, montrant que le prix payé n’est pas toujours corrélé à la tenue mesurée en laboratoire ni à la durée de vie réelle du produit une fois ouvert. Le geste d’entretien compte souvent davantage que la gamme de prix.
L’essentiel à retenir
Le volume visible dépend d’abord de la brosse et du geste, avant même la formule. Une texture excellente appliquée avec une brosse mal adaptée donnera un résultat décevant, et inversement une brosse bien choisie sauve souvent une formule moyenne.
Les chiffres de tenue en heures et les mentions « 3D » relèvent en grande partie du vocabulaire commercial. Ce qui compte réellement se vérifie à l’oeil nu: intensité du noir, régularité du dépôt, absence de grumeaux dès la sortie du tube.
La tenue réelle se juge après huit à dix heures, jamais dans la minute suivant l’application. Et un tube entamé depuis plus de trois mois mérite d’être remplacé, indépendamment de son apparence.
Liste de vérification avant d’acheter
- Tester la brosse sur le dos de la main avant de penser à l’oeil
- Demander un testeur et observer le résultat sous lumière naturelle, près d’une fenêtre
- Vérifier le symbole du pot ouvert sur l’emballage pour connaître la durée d’utilisation
- Choisir une formule waterproof seulement si l’usage le justifie réellement (baignade, larmes, ski)
- Éviter de pomper la brosse dans le tube pour préserver la texture plus longtemps
- Juger la tenue après huit à dix heures, pas immédiatement après application
- Remplacer le tube après trois mois d’utilisation, même s’il semble encore plein
Ces informations sont données à titre général et ne remplacent pas un avis professionnel.
Les résultats peuvent varier d’une personne à l’autre selon la nature du cil et les habitudes d’application.